Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Évènement

Une pièce pour l’histoire, des voix pour un hommage

Lundi 6 octobre, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a accueilli, dans l’amphithéâtre Richelieu, une lecture exceptionnelle de la pièce de théâtre inédite de Robert Badinter, Affaire classée. Présentée par le théâtre National de Nice (CDN) Nice Côte d’Azur, sous la direction de Muriel Mayette et mise en voix par Hervé Van der Meulen. La distribution réunissait Muriel Mayette-Holtz, Vincent Arfa, Loïc Carcassès, Mathias Maréchal, Laurent Prévot et Hervé Van Der Meulen, offrant une interprétation attentive et sensible des personnages. 

Organisé dans le cadre de la panthéonisation de Robert Badinter, cet événement, soutenu par la Fondation Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a permis au public de découvrir un Badinter méconnu, non seulement défenseur de la justice et de la dignité humaine, mais aussi auteur dramatique. La lecture révèlé la puissance de sa parole portée sur scène et la finesse de sa réflexion sur les dilemmes moraux et historiques. 

Un procès millénaire revisité  

La pièce transporte le spectateur à Jérusalem, en l’an 33, dans le bureau de Ponce Pilate, procurateur romain de Judée. Le matin même, Pilate a ordonné la crucifixion de Jésus après sa condamnation par le Grand Sanhédrin pour sacrilège et blasphème. Au fil des dialogues, Pilate interroge sa femme, son collaborateur et un collègue romain sur le bien-fondé de sa décision. Tous le rassurent : Jérusalem est si calme en cette nuit de la Pâque. Affaire classée, pour Ponce Pilate. 

Cette scène restitue la tension intérieure du procurateur et met en lumière la complexité morale et humaine des personnages. La pièce de théâtre de Robert Badinter fait ressentir la responsabilité, le doute et l’inimitié des acteurs d’un procès qui a marqué l’Histoire. La mise en voix accentue cette intensité et rend palpable la dimension humaine et éthique de chaque personnage. 

Faire entendre la voix de Robert Badinter 

Pour Hervé Van Der Meulen, metteur en voix de la lecture, l’enjeu principal était de faire entende la parole de l’auteur, de restituer la structure et la richesse du texte tout en faisant vivre les émotions. « Nous avons cherché à rester fidèle à la vision de Robert Badinter et à révéler le vieux sage qui se déploie dans la pièce. Participer à cette lecture, c’était contribuer à cette célébration et porter un texte inédit au public  », explique-t-il. « Chaque inflexion vocale permet de faire émerger la profondeur morale des personnages et de montrer comment le texte combine rigueur historique et sensibilité humaine ».

Pour Loïc Carcassès, qui incarne Caïphe, s’approprier ce texte inédit représentait un défi. « La découverte principale a été la langue de Badinter, qui montre tout le talent d’un grand auteur. On sent que ce texte s’adresse à un large public, un peu comme si un auditoire était présent. » Certains passages l’ont particulièrement marqué, « travailler le personnage de Caïphe m’a fait ressentir toute l’ampleur du complot, cela m’a impressionné et profondément touché », conclut-il.

Une distribution au service du texte 

La lecture a su mettre en lumière la richesse et la subtilité de la pièce. Chaque interprète a donné vie aux personnages, rendant palpables leurs doutes, leurs conflits et leurs dilemmes moraux. 

La précision et la sensibilité de la mise en voix ont révélé toute la finesse de la langue de Badinter, tout en restituant la force et la profondeur de sa réflexion sur la justice et la responsabilité. Par cette interprétation attentive, le public a pu saisir l’intensité dramatique de chaque scène et découvrir Robert Badinter sous un angle inédit, celui d’un auteur engagé capable de conjuguer rigueur historique et émotion humaine. 

À suivre de nouveaux articles autour des hommages rendus à Robert Badinter  

La programmation des hommages à découvrir tout au long de l’année 

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